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Les raisons de s'inquiéter

Chaufferie biomasse, une solution écologique adaptée à Toulouse ?

Il n'y a pas d'énergie propre. Toutes les solutions énergétiques sont sources de nuisances et de pollutions. L'enjeu de la transition écologique consiste d'abord à réduire les consommations puis à trouver des moyens de production les plus "propres" et les mieux adaptés à chaque contexte.

L'énergie bois, considérée comme une énergie renouvelable sur la base de calculs contestables, est repérée comme l'énergie qui contribue le plus à la pollution de l'air en comparaison de tous les autres carburants, charbon et fioul compris ! A-t-elle sa place dans une Zone à Faible Émission (ZFE) et sur un secteur soumis à un Plan de Protection de l'Atmosphère (PPA) ?

Une  fausse solution qui est un problème, ça fait deux problèmes !?!

La pollution atmosphérique du chauffage au bois

Le bois, bien qu'étant une ressource naturelle, est l’un des combustibles les plus nuisibles pour la qualité de l'air lorsqu'il est brûlé. Sa combustion produit une grande quantité de particules fines et ultra-fines, de composés organiques volatils (COV), d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et d'oxydes d'azote (NOx). Ces polluants sont particulièrement nocifs pour la santé, contribuant à des problèmes respiratoires, cardiovasculaires mais aussi cancérigènes et perturbateurs endocriniens. Encouragé par l' ADEME, le développement du chauffage au bois est devenu un véritable enjeu pour la qualité de l’air et la santé publique.

Les chaufferies biomasse ne polluent pas ?

À Toulouse, Pierre Trautmann, l'élu en charge du développement de ces projets n'a de de cesse de dire et répéter que les chaufferies biomasse ne polluent pas. Des déclarations en totale contradiction avec l'embarras clairement exprimé par Monsieur François Chollet, élu en charge de l'écologie, lors de la table ronde des rencontres Internationales Air et Santé évoquée plus bas sur cette page, mais aussi avec l'engagement pris par Jean-Muc Moudenc en conseil métropolitain d'être plus attentif au problème des particules ultra-fines (la présentation des derniers projets n'en fait aucune mention).

Pourtant, dans le même temps, les avancées du projet de chaufferie biomasse prévu sur l'avenue d'Atlanta (celle qui se cache derrière la géothermie) permettent de voir précisément les engagements du délégataire. Force est de constater que pour une installation non polluante, elle s'offre une belle marge de manoeuvre. On vous propose un joli visuel avec une transposition en nombre de véhicules nécessaire pour atteindre les volumes de pollution que la chaufferie se réserve le droit d'émettre. Ca permet de mieux se rendre compte de ce que ça représente en terme de pollution.

Les élus et industriels qui portent ces projets arguent de la performance des systèmes de filtration pour occulter le sujet. Le point de vue des scientifiques et médecins spécialistes des pollutions atmosphériques et de leur impact sur la santé est très différent et sans ambiguité.

Rencontres Internationales Air & Santé 2024

ATMO Occitanie

Extrait choisi : "[...] il y a eu une modélisation d'une centrale biomasse dans la vallée de Chamonix qui est une petite centrale biomasse qui montre qu'avec les techniques de filtration actuelles vous allez avoir plus de rejets de poussières plus de rejets d'oxydes d'azote plus de rejets de HAP [...] cancérigène donc l'ADEME favorise inlassablement les centrales biomasse et comme nous leur disons pas n'importe où, pas n'importe comment, notamment dans les zones de plan de protection de l'atmosphère puisque c'est assez incohérent or l'information passe mal ... donc message aux élus regardez cette étude sur une petite centrale 1.5MW et ne vous lancez pas dans une zone à risque dans ça [...]"
Pierre SOUVET Président de l'Association Santé Environnement France (ASEF) et cardiologue

Tribune contre la subvention du chauffage au bois

Collectif de médecins et d'associations

Une part importante du budget de la transition écologique sert à financer le développement du bois énergie. Une aberration sanitaire et climatique, dénonce ce collectif de médecins et d’associations dans une lettre à la ministre de la Transition écologique.

Parmi les auteurs de cette tribune, Thomas Bourdrel, cardiologue et membre de l'association Strasbourg Respire alerte à ce sujet depuis plusieurs années :  "Après le diesel, la France s’engage sur la voie d’un nouveau scandale sanitaire".

Rappelons au passage que la mairie de Toulouse prévoit d'implanter ces installations à proximité de la rocade avec le risque d'aggraver le creusement des inégalités révélé par une étude d'ATMO Occitanie : Dans l’agglomération toulousaine, la pollution baisse, mais tue les plus pauvres…

L'industrialisation des forêts

Quand vous entendez parler de transition énergétique et d'énergies renouvelables, vous pensez aussitôt aux éoliennes et au photovoltaïque ? Et bien non, la biomasse est la principale source d'énergie renouvelable en France : elle représente déjà plus de 55 % de la production d'énergie finale. Les projets de production d'énergie basés sur l'exploitation de la forêt continuent de se multiplier (bois-énergie, carburants verts, etc.) encourageant des pratiques forestières peu scrupuleuses et rendant plus attractifs financièrement les débouchés les moins vertueux en contradiction avec la hiérarchie des usages qui devrait prévaloir (il est souvent plus intéressant de vendre des récoltes de feuillus comme bois énergie que d'essayer de les valoriser en bois d'oeuvre).

// Lire la note de plaidoyer publiée par Canopée en juin 2025 "Bois énergie : la fin de la frénésie"

L'argument qui consiste à dire que les chaufferies ne brûleraient que des produits connexes (comprenez déchets que l'on ne pourrait pas valoriser autrement) d'une exploitation/production vertueuse est simplement mensonger. Il n'y a pas de déchets qui ne seraient bons qu'à brûler. Du bois mort laissé en forêt pour régénérer les sols à la production de laine de bois, tout, absolument tout est préférable à la combustion !

Dans un rapport sur "La planification écologique dans l'énergie" publié le 12 juin 2023 par la secrétariat général à la planification écologique, on trouve dans la partie "bouclage biomasse" un chapitre "Bio-énergies : une situation tendue dès 2030". De fait la forêt est sursollicitée pour les besoins de la transition énergétique au détriment des autres services écosystémiques vitaux qu'elle rend, à commencer par son rôle de puits de carbone. Les premiers travaux de modélisation de la nouvelle stratégie nationale bas carbone ont échoué sur la question du bouclage biomasse*. On espérait des mesures fortes en faveur de la préservation des forêts mais ce n'est pas le cas. Les feuilles de route de la Stratégie Française Energie Climat mise en consultation en vue de leur adoption mi 2025 restent floues sur cette question pourtant repérée comme le grand point faible de cette stratégie.

* Le terme "bouclage" désigne l'équilibre entre l'offre et la demande d'une ressource limité. Concrètement, constater l'échec du bouclage biomasse revient à constater le fait que la forêt n'est pas capable de fournir tout ce que la stratégie Française Énergie Climat attend d'elle. Valider cette stratégie sans régler ce problème de bouclage ne laisse que deux options : soit on suit le plan et on épuise les forêts, soit on ne le suit pas et c'est la stratégie globale qui échoue à atteindre les buts qu'elle s'est fixée...

Brûler la forêt pour sauver le climat ?

Alerter, mobiliser, transformer
vignette enquête vidéo Brûler la forêt pour sauver le climat ?

Enquête de Vincent Verzat publiée en février 2023 sur la chaîne Partagez c'est sympa

Canopée Forêts Vivantes

Alerter, mobiliser, transformer

Canopée est une organisation fondée en 2018 qui émerge du besoin critique de construire un contre-pouvoir citoyen pour mieux protéger les forêts en France et dans le monde. On lui doit entre autres le bilan caché du plan de relance en forêt paru au mois de mars 2022 et l'organisation d'un séminaire sur les forêts à destination des parlementaires.

Composée d'ingénieurs forestiers, l'association ne s'oppose pas à l'exploitation des forêts, elle alerte sur les conditions dans lesquelles elle peut se développer et sur le danger des coupes rases et de la malforestation.

Les émissions de CO2 de la biomasse, en vrai

C'est par une convention de calcul contestable que le bois énergie est considéré comme neutre en carbone. En réalité, la combustion du bois émet plus de CO2 que la combustion du charbon et plus que celle du gaz du fait d'un pouvoir calorifique moindre... mais on ne le compte pas ! Ce calcul se base sur l'idée que le CO2 libéré a été capturé récemment et qu'il sera à nouveau capturé rapidement par la repousse des arbres (contrairement au pétrole qui lui ne repousse pas à l'échelle d'une vie humaine)... le calcul ne tient pas compte de l'équilibre entre ce qui est brûlé et ce qui pousse, ni du rôle de puits de carbone des forêts. (Voir l'article de Philippe Leturcq : La neutralité carbone du bois énergie : un concept trompeur ?)

460g de CO2 / kWh
Soit environ 2x plus de CO2 que la combustion de gaz
couverture de la vidéo youtube La forêt française face au réchauffement climatique de Jacques Laskar

La fable de l'ADEME

Dans cette conférence à visionner en replay sur Youtube, Jacques Laskar* démonte implacablement le calcul qui conduit l'ADEME à affimer que les plaquettes forestières n'émettent que 12.3 g CO2/kWh quand en réalité, elles en émettent 367 g CO2/kWh (43:30).
* Jacques Laskar est astronome à l’Observatoire de Paris, directeur de recherche au CNRS et membre de l’Académie des sciences. Il s'est investit depuis plusieurs années dans la défense de la forêt et est co-auteur du rapport de l'Académie des Sciences « Les forêts françaises face au changement climatique ».

Les méthodes de calcul qui mènent à considérer que le bilan carbone de la biomasse serait nul sont largement critiquées et de nombreux acteurs oeuvrent pour que la biomasse forestière ne soit plus considérée comme neutre en carbone, ni renouvelable.
• Une lettre envoyée à l'Union Européenne par des chercheurs du GIEC et publiée dans la revue Nature alerte sur le fait que la filière bois énergie pourrait être responsable d'un accroissement de 10% des gaz à effet de serre dans les 10 prochaines années. (Lire la lettre en anglais ici, un résumé des débats en français ici)
• À lire également, cet article paru dans le Monde en juin 2021 : Le bois, une source d’énergie pas si verte "Alors que l’Union européenne doit réviser sa directive sur les énergies renouvelables, scientifiques et ONG dénoncent les effets pervers du recours à la biomasse, qui aggrave le dérèglement climatique."
• Et encore un article "Brûler des granulés de bois n'a rien d'écologique", Jake Dean, février 2022 "On pense à tort que la biomasse issue du bois est neutre en carbone. C'est une véritable supercherie, pourtant de plus en plus subventionnée par les États."
• Enfin, comme évoqué au paragraphe sur l'industrialisation des forêts, la révision de la stratégie nationale bas carbone SNBC de la France qui vise à atteindre la neutralité carbone en 2050 se heurte à un problème : l'équilibre entre le maintien des puits de carbone et la combustion de la biomasse. D'après les modélisations réalisées, le problème se pose dès 2030... autant dire demain !

Pertinence des réseaux de chaleur

Le développement inconsidéré de chaufferies biomasse est donc nocif pour la qualité de l'air, dangereux pour l'équilibre des forêts et semble peu crédible du point de vue de la décarbonation. Reste à voir tout l'intérêt et les bénéfices que les projets de réseaux de chaleurs pourraient avoir à offrir pour justifier de sacrifier une partie de la population et courir le risque d'épuiser nos forêts.

Vu l'ampleur des projets, il est légitime de questionner la pertinence des réseaux de chaleur au regard de l'évolution des besoins pour faire face au changement climatique :

  • La dépendance à la combustion et à la production de déchets : qui dit combustion, dit émission de CO2 et donc contribution au réchauffement climatique. Et les réseaux de chaleurs ne peuvent visiblement pas se passer d'unités de combustion (bois, déchets ou gaz). Les élus nous répétent que la géothermie seule ne peut suffire à atteindre et maintenir les températures nécessaires à son bon fonctionnement (on aimerait bien creuser la question quand même...). Initialement créés pour valoriser la chaleur produite par les incinérateurs à déchets, les réseaux de chaleur sont aujourd'hui devenus moteurs pour créer de nouveaux incinérateurs... alors on ne parle plus de déchets, ni d'incinérateurs d'ailleurs. On parle de chaufferies et de biomasse (pour les déchets bois) ou encore de CSR (pour Combustible Solide de Récupération). On est passé de la récupération opportuniste de chaleur (fatale), à l'invention de nouvelles catégories de déchets à brûler pour reproduire le système. Les réseaux de chaleurs créent alors une double dépendance à la production de déchets et à la combustion
    * En parallèle des chaufferies biomasse, nous voyons se multiplier les projets de chaufferies CSR comme celui prévu sur le plateau de La Neste ou cet autre à Montpellier. Les CSR sont composés en grande partie des refus de tri de votre poubelle de recyclage avec une majorité de plastique donc. Vous vous souvenez qu'on vous a demandé de jeter tous les emballages même les non recyclables dans la poubelle jaune ? C'est pour éviter de les brûler au Mirail mais c'est pour les brûler quand même. Le moment est idéal pour glisser un lien vers l'association Zero Waste
  • L'inadaptation à l'évolution du climat
    • la diminution des besoins en chaleur : l'évolution du climat depuis plusieurs années montre une baisse constante des jours de chauffe annuels. En parallèle, les nouvelles réglementations en matière de performance thermique des logements doivent eux aussi conduire à une baisse continue des besoins en chauffage.
    • l'augmentation des besoins de rafraîchissement : les besoins en rafraîchissement eux se font de plus en plus pressant. Or les réseaux de froid associés aux réseaux de chaleur sont réservés exclusivement au tertiaire (bureaux et commerces donc). La multiplication des climatiseurs individuels aggrave le phénomène urbain d’ilôt de chaleur. Les réseaux de chaleur ne répondent pas à l’enjeu du rafraîchissement des villes.

Au final les réseaux de chaleur semblent surtout intéressant pour :

  • les collectivités qui peuvent afficher des économies de CO2 en dépit de la réalité,
  • les promoteurs immobiliers qui pourront réduire les émissions de CO2 de leurs projets immobiliers et se conformer à la RE2020 à moindre coût. Par exemple, la Tour Occitanie, bâtiment énergivore et incapable d'accueillir le moindre panneau photovoltaïque peut rentrer dans les clous en externalisant le problème.
  • Les industriels de la filière déchet qui trouvent dans la combustion au service de la production d'énergie un débouché hautement rentable. Tellement rentable qu'il risque bien de décourager toute volonté de réduire des déchets à la source ou même de les valoriser autrement qu'en les brûlant.
  • les énergivores. Et oui une énergie moins chère, ça peut être contreproductif... les établissements de luxe de la Tour Occitanie seront-ils chauffés à 19°c seulement ? Les spas seront ils interdits pendant les épisodes de pollution ? Les... bref vous avez compris ! :)
  • Du côté des usagers, les retours que nous avons sont loin d'être unanimes et satisfaits... Si vous connaissez des enquêtes sérieuses et objectives à ce sujet, n'hésitez pas à nous les transmettre !)

Quelles alternatives ?
Comment améliorer le confort thermique des logements sans augmenter les coûts pour les usagers, en réduisant réellement les émissions de CO2 et en anticipant l'augmentation des besoins de fraîcheur ?
Sans prétendre régler cette question d'envergure en quelques lignes, nous pouvons déjà citer quelques pistes qui nous semblent plus pertinentes que le chauffage au bois et des kilomètres de réseaux pour transporter de la chaleur :

  • Réduire les besoins en améliorant l'isolation des logements ! Une solution efficace pour le chaud et le froid qui devrait être une priorité absolue ?
  • Utiliser les réseaux existants en desservant les énergies "vertes" pour alimenter les dispositifs de chauffage ou de rafraichissement individuels permettant ainsi à chacun d'ajuster sa consommation et d'en assumer les coûts ?
  • Quitte à lancer de grands chantiers, privilégier les solutions de boucles d'eau tempérée qui permettent d'assurer le confort thermique des logements en été comme en hiver ?

Une demande de moratoire sur les réseaux de chaleur a été remise au maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole le 28 novembre 2024 pour que cette réflexion/discussion puisse avoir lieu. En attendant et sans trop d'illusion sur la réponse qui sera apportée à cette demande, nous avons le plaisir de voir le CODEV de Toulouse s'emparer de cette question et prévoir un cycle de conférence en trois temps : géothermie, réseaux de chaleur, réseaux de rafraîchissement.

Les conférences du CODEV à ne pas manquer

Le Conseil de Développement (CODEV) est une asssemblée de démocratie participative. Il rassemble de nombreux acteurs de la métropole toulousaine et constitue une interface entre Toulouse Métropole et la société civile locale. C'est un lieu d'expertise citoyenne et de débat sur les enjeux métropolitains.

Conférence

La géothermie : enjeux et potentiels

11 décembre 2024 
à 19h salle Osete

Table ronde

Les dessous des réseaux de chaleur urbain

26 juin 2025 à 18h Salle Osète

affiche table ronde sur les réseaux de chaleur

Les réseaux de refroidissement

Prévue pour l'été 2025

Quelques ressources supplémentaires à voir en ligne

Reportage sur l'industrialisation des forêts réalisé par France 2

17 octobre 2022 / durée : 4 min

Séminaire de rentrée parlementaire organisé par Canopée Forêts Vivantes

21 septembre 2022 / durée : 3h54min

Sur le front des forêts françaises | Hugo Clément | France 5

mars 2021

Le dernière émission de Sur Le Front consacrée à La face cachée des forêts françaises et diffusée en février 2024 peut être visionnée en replay sur la plateforme FranceTV